• Un cycliste tué par une voiture

    Le fait d'utiliser la formule « un cycliste tué par une voiture » contribue à ce qu'on perçoive les morts sur la route comme des conséquences de phénomènes naturels. Le seul humain de la phrase est une victime passive.

    Citations récentes, en vrac :

    • Un cycliste a été renversé par une voiture
    • Une voiture l'a percuté
    • Un cycliste décède renversé par une voiture.
    • Un cycliste a été renversé [...] par une Fiat Punto
    • La femme circulait à pied lorsqu'elle a été renversée par un car scolaire qui quittait l'école voisine avec, à son bord, 8 enfants
    • Une piétonne a été renversée par une voiture

    Pourquoi la voix passive ? pourquoi le conducteur a-t-il disparu ?

    La voiture est un objet inanimé. Je ne sais pas si l'on se révolte moins contre les morts naturelles, mais j'ai l'impression de lire les récits d'accidents inéluctables. Quand un accident survient, j'ai spontanément envie d'agir, or les formulations les plus fréquentes dans la presse ne donnent pas envie d'agir : n'est-ce pourtant pas le rôle de la presse que de donner envie de faire de la politique à partir des faits ?

    Je suis régulèrement cycliste, piéton, automobiliste ou passager de train, et je me rends bien compte à quel point on se sent chez soi quand on est dans une voiture, dans une bulle -et en particulier quand il pleut. Peut-être la barrière du pare-brise brise-t-elle l'empathie, et ce manifestement dans les deux sens, puisque les journalistes parlent d'une part d'un cycliste ou d'un piéton -un humain- et de l'autre d'un objet inorganique. Il n'y a pas de conducteurs d'ouragan ou de tremblement de terre, et ces phénomènes engendrent davantage de révolte que la mort banale des gens sur la route.

    Un cycliste tué par une voiture

    Accidents impliquant plusieurs protagonistes repérés dans la presse en ligne d'aujourd'hui

    Les cyclistes

    1) un mort dans le Béarn

    Se poser la question de savoir si la route est éclairée me semble à côté de la plaque : le cycliste disposait-il d'éclairage aux normes ?

    L'acte de se déplacer ne devrait pas entraîner de risque vital pour autrui. Ce genre de nouvelle doit nous rappeller la délicatesse requise par la manœuvre à grande vitesse d'un objet métallique de plus d'une tonne à proximité d'humains qui ne sont protégés que par leur peau. Il faisait nuit, il pleuvait : pourquoi serait-il irresponsable de continuer à se déplacer ?

    À New-York, la police recommande aux piétons et cyclistes d'éviter de se déplacer quand il fait sombre (donc, en hiver, le soir après 17h).

    2) Un blessé au Breuil

    • Dans Creusot Infos : « Ce vendredi, en fin de matinée, un cycliste a été renversé, avenue de Montvaltin, par une Fiat Punto. » - le conducteur est toutefois mentionné dans la phrase suivante.

    Les piétons

    • France 3 Picardie : Corbie (80): un piéton bloqué sous un bus : « La femme circulait à pied lorsqu'elle a été renversée par un car scolaire qui quittait l'école voisine avec, à son bord, 8 enfants. ». Même pas de conducteur ?
    • ArcInfo (en Suisse) : « Une piétonne a été renversée par une voiture alors qu'elle traversait sur un passage rue du Jura à Porrentruy, vendredi en fin de journée. »
    • Encore Sud-Ouest : Le conducteur de tramway devrait-il être évoqué ?
    • RTN (Suisse) : « Une voiture qui circulait rue de Pouillerel [...] a heurté un piéton » - « une voiture qui roulait sur la rue Alexis-Marie Piaget, toujours à La Chaux-de-Fonds, a heurté et blessé un chien policier en intervention. »

    La voix passive, c'est une mise à distance alors que la voix active implique un minimum d'identification. Je crois que quand c'est vraiment trop horrible, on n'a pas envie de s'impliquer ou d'impliquer un auteur (il y a des histoires que j'ai trouvé trop horribles pour les citer d'ailleurs).


    Mise à jour à venir : J'ai lu ce constat terminologique sur un blog anglophone, je ne sais plus quand, et ai voulu aujourd'hui vérifier s'il s'appliquait à la presse francophone. En ce moment, c'est l'hécatombe à Londres, beaucoup de morts sont dûs à la difficulté de mélanger des vélos et des camions sans mesure de protection sur la même route. Dès que je retombe sur la source, je la mentionne.

     

    Compléments ex post

    « TER Sens-Paris : la formule la moins chèreFeth »

    Tags Tags : , , , , , , ,
  • Commentaires

    1
    GG
    Lundi 9 Décembre 2013 à 16:14

    C'est peut être parce que le cycliste reste sur le carreau, alors que le véhicule a peut être quitté les lieux (avec ses passagers)?

    (oui, je suis de mauvaise foi)

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :