• [billet traduit]Les cyclistes viennent de Mars

    (et de la Terre, de Vénus et de Mercure)

    Ce billet est une traduction/adaptation de Cyclists are from Mars, publié par Richard Mann sur son blog "Transport Paradise". Ce billet m'avait fait réfléchir ; j'espère qu'il intéressera un public francophone.

    Je ne suis pas traducteur et n'ai aucune prétention dans ce domaine, aussi je prie les lecteurs de bien vouloir être indulgents et de me signaler s'ils le souhaitent les erreurs ou des améliorations possibles. L'auteur m'a autorisé à traduire son billet, j'espère que le résultat est satisfaisant !

    Une dernière note sur l'adaptation :

    • les sens de circulation étant opposés au Royaume-Uni et dans les pays francophones, j'ai adapté gauche en droite, et droite en gauche.
    • j'ai utilisé la balise HTML 'ABBR' (abréviation) pour insérer une note d'adaptation ou fournir l'original d'un sigle ou d'un nom traduit. En général cela se traduit par un liseré bleu sous le(s) mot(s), et on obtient une infobulle en passant la souris dessus.
    • j'ai converti 20mph en 32km/h, et 30 mph en 48km/h.

     

    Dans un rapport important de 2010, qui mériterait une audience plus large, le Département des Transports du RU (DfT) identifiait quatre catégories de cyclistes adultes en fonction de leur façon de conduire un vélo et plus particulièrement selon leur appréhension du partage de la chaussée avec d'autres types d'usagers.

    Les quatre comportements que le DfT a identifiés sont Assurance, Circonspection, Évitement et Opportunisme. On peut proposer une légère simplification avec Compétent, Prudent, Effrayé et Sauvage. Toutefois ces descriptions restent encore difficiles à retenir, je vais donc les traduire en quelque chose de facile à mémoriser : Les cyclistes viennent de Mars, de la Terre, de Vénus et de Mercure.

    Les cyclistes martiens (assurance) sont ceux qui sont formés. Ils regardent régulièrement derrière eux, ils se décalent en avance pour dépasser des voitures stationnées et pour tourner à gauche. Ils savent comment aborder les ronds-points.

    Les cyclistes terriens (circonspection) sont suffisamment à l'aise par rapport aux autres types d'usagers de la route pour faire du vélo sur des routes fréquentées tant qu'ils peuvent se maintenir à droite, en dehors du flux. Ils ne sont à l'aise pour tourner à gauche que si le trafic est vraiment lent. Ils détestent les ronds-points.

    Les cyclistes vénusiens (évitement) ne s'aventurent pas du tout sur les routes principales. Ils ne circulent à vélo que s'il y a un itinéraire tranquille, et de préférence pas sur la chaussée. Ils circuleront sur le trottoir des routes principales et utiliseront les passages piétions, mais sont très susceptibles de passer à un mode alternatif s'ils ne peuvent trouver un itinéraire raisonnable.

    Les cyclistes mercuriens (opportunisme) sont typiquement de jeunes hommes pressés. Ils ne prêtent pas vraiment attention aux règles de circulation, et roulent juste rapidement en empruntant tout itinéraire à leur disposition -en dedans, à l'extérieur, sur le trottoir, peu importe.

    Comme toujours avec les tentatives de catégorisation, ces quatre types sont en fait placées dans un continuum, et certaines personnes adopteront des comportements différents dans des circonstances différentes. Mais utiliser ces quatre types dans notre réflexion garantit que nous couvrons toute la typologie des cyclistes. L'étude était qualitative - elle s'est appuyée sur des discussions en petits groupes dans un échantillon de villes différentes. Aucune tentative de quantification des cyclistes appartenant actuellement ou potentiellement à chaque groupe n'a a été réalisée. Dans beaucoup de villes du RU, avec des environnements routiers hostiles, il est probable que les cyclistes mercuriens et martiens prédominent.

    Toutefois, cela met notamment en lumière les difficultés des débats à propos du cyclisme : chaque catégorie de cycliste pourrait aussi bien se trouver sur sa propre planète vue le niveau d'incompréhension des autres types de cyclistes à son égard.

    Pour donner un exemple concret, là où je vis se trouvent deux rues que pour vous rendre en ville : Hythe Bridge Street et Park End Street. L'un des débats récurrents au sein de mon ménage a pour objet la meilleure façon de se rendre en ville à vélo.

    Pour aller à Hythe Bridge Street, vous allez en face à la grosse intersection de la gare, puis vous rejoignez le trafic dense le long de Hythe Bridge Street alors qu'elle se rétrécit. Il n'y a pas de voies cyclables et quelques points de « pincement ». À la fin de Hythe Bridge Street, la circulation est repoussée vers la droite autour d'un virage serré, il y a un passage piéton « Pélican » et un passage pour que les cyclistes puissent continuer tout droit et vers la ville.

    Pour aller à Park End Street, vous devez vous décaler dans le trafic à l'approche de la grosse intersection pour vous insérer à gauche dans la zone des bus. Vous devez ensuite dépasser les arrêts de bus franchir un autre feu de signalisation. Il n'y a pas autant de trafic sur Park end Street, et des pistes cyclables, mais il y a souvent de la charge, et certains bus sont un peu rapides.

    Ma compagne préfère Hythe Bridge Street (et je pense qu'elle est cinglée). Je préfère Park End Street (et elle pense que je suis cinglé). La raison en est que je fais du vélo comme un martien -me décaler et surveiller quelques bus me semble le plus facile. Alors que ma compagne fait du vélo comme une Terrienne -aller tout droit et tourner à gauche dans une circulation lente étant le plus facile.

    Pratiquement tous les promoteurs du cyclisme (et les policiers à vélo) sont des martiens. La plupart d'entre eux peut comprendre que les autres cyclistes sont différents, Mais ils échouent généralement à comprendre en quoi ils sont différents, et à quelle fréquence on rencontre les différents types de cyclistes.

    Notre expérience à Oxford est que les Terriens prédominent. À Oxford, environ 20% du trafic pendulaire est effectué à vélo (28% dans certains quartiers), et 30% des adultes utilisent un vélo au moins une fois par semaine. La plupart d'entre eux fait du vélo sur les rues principales, mais il y a très peu de montée en compétence des adultes à vélo. La raison pour laquelle faire du vélo est devenu normal pour les Oxfordiens de classe moyenne est que les rues ont été adaptées de façon que le cyclisme « terrestre » soit une pratique raisonnable. Nous n'avons plus de giratoires, et le seul rond-point important restant a été assagi (pour l'essentiel). Vous pouvez aller tout droit à la plupart des intersections sans difficulté et vous serez rarement contraint à effectuer un tourne à gauche inconfortable.

    L'approche d'Oxford quant aux infrastructures a toujours été relativement pragmatique. Beaucoup de voies cyclables et de voies de bus ont été peintes dans les années quatre-vingt, et elles ont fonctionné suffisamment bien (pour les Terriens). Par ailleurs, on a vu le développement de nombre de rues calmes, centrées sur les écoles. Elles ont également bien fonctionné -pour les enfants, et pour certains adultes (un mélange de Vénusiens et d'autres qui y ont trouvé des raccourcis utiles). Ces routes ont donc été étendues et reliées pour former un réseau calme, surtout en fournissant des moyens de traverser les rues principales. S'est développé un réseau dual.

    L'idée initiale du réseau dual était que ses deux parties étaient aussi importantes l'une que l'autre. Nous pensions que les nouveaux cyclistes seraient des Vénusiens. Cependant il est devenu clair au fil des années que -pour les adultes- le réseau de rues principales est considérablement plus important. C'est en partie dû aux boucles que forme le réseau calme, mais aussi parce que les Terriens semblent dépasser les Vénusiens en nombre, avec une certaine marge.

    Il se peut qu'un groupe nombreux de cyclistes vénusiens potientiels soit laissé de côté par les aménagements. Toutefois pour une raison ou pour une autre, ils ne s'expriment pas. Peut-être se rendent-ils compte par eux-même que la place n'est pas vraiment disponible. Peut-être qu'il se contentent des rues calmes qui bouclent. Peut-être qu'ils se sont convertis en Terriens. Ou peut-être qu'ils marchent, ou prennent le bus, ou conduisent.

    À la place, la pression locale va dans le sens de combler les vides du réseau routier principal -s'attaquer au stationnement résiduel sur les routes principales, si possible, et fournir davantage de voies cyclables. Il y a du soutien pour une limitation à 32km/h dans les rues latérales et un éventail de techniques pour ralentir la vitesse sur les rues principales.

    Pour les autres villes qui veulent améliorer la condition des cyclistes, et qui ont du mal à trouver l'espace et les fonds pour le faire, il serait pertinent de penser attentivement au type de cycliste que vous essayez d'accomoder. Grâce à une bonne compréhension et prise en charge des besoins spécifiques des cyclistes Terriens, vous rendrez probablement le cyclisme viable pour une proportion substantielle de la population adulte. Tenter d'accomoder complètement les Vénusiens dans les corridors des rues principales congestionnées est bien plus difficile.

    Quelles sont donc les éléments clefs qui rendent les routes tolérables aux Terriens ? Le principal est que l'itinéraire par défaut à toutes les intersections doit être tout droit. Après tout, pour la plupart des trajets, vous allez surtout tout droit. C'est en fait assez simple, et tout juste permis par les règlements : peignez la voie cyclable sur l'intersection. Si la direction que prendront les cyclistes se dirigeant tout droit est claire, les usagers de véhicules motorisés seront parfaitement capables de trouver un chemin pour les contourner. Ceci peut être mis en œuvre avec succès autour de la plupart des feux de signalisation (les Allemands disposent de plusieurs designs). Les ronds-points et giratoires sont plus délicats mais le principe est le même : toujours donner la priorité aux cycles allant tout droit sur le trafic tournant à droite. Les ronds-points de style hollandais satisfont à ce critère. Les giratoires, en général, n'y satisfont pas, mais il est peut-être possible de les adapter (ou encore mieux, de les supprimer).

    Les Terriens ne font pas la fine bouche concernant ce qui se passe entre les intersections. Les différents niveaux de ségrégation leur importent très peu tant que leur chemin est libre et que les véhicules circulent en dessous de 48 km/h (ou moins, de préférence). La principale amélioration qu'on puisse leur apporter est de réguler le stationnement et de peindre des voies cyclables continues. Les ruptures dans les voies cyclables à l'occasion des zig-zags et des arrêts de bus ne sont pas idéales, mais elles ne sont pas critiques.

    Si les villes veulent réellement progresser vers l'obtention d'une bonne proportion de personnes se déplaçant à vélo, elles devraient se concentrer sur l'adaptation aux cyclistes terriens (c'est à dire adulte prudent) -il sont largement assez nombreux- et se concentrer sur les éléments clef qui rendent le cyclisme terrien tolérable : voies cyclables et priorité à la direction tout droit aux intersections.

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